Déclaration constitutive
15 avril 2026

Les violences subies dans les établissements lasalliens — coups, humiliations, tortures, abus sexuels — n'étaient pas des actes isolés. Elles s'inscrivaient dans un cadre institutionnel total : internat fermé, surveillance permanente, emprise religieuse, interdiction absolue de parler. Pour les enfants qui les ont subies, toute résistance ou fuite était impossible. Cette configuration est précisément celle qui produit les traumatismes les plus profonds et les plus durables.

Beaucoup de victimes ont porté seules, pendant des décennies, ce qu'elles ont subi. Certaines ne s'en sont jamais souvenu clairement. D'autres ont su sans jamais pouvoir nommer. Pour toutes, il n'est pas trop tard pour chercher de l'aide.

Ces violences répétées, précoces, infligées par des figures d'autorité, laissent des traces neurobiologiques précises. Elles peuvent se manifester des années après sous des formes très variées : flashbacks et cauchemars, hypervigilance chronique, difficultés relationnelles, honte profonde, ou encore symptômes physiques inexpliqués. Elles peuvent aussi rester longtemps silencieuses — stockées dans une mémoire corporelle et émotionnelle inaccessible à la conscience, jusqu'à ce qu'un événement déclenche leur retour. C'est ce qu'on appelle l'amnésie traumatique : non pas un oubli ordinaire, mais un mécanisme de défense neurologique actif qui protège la personne d'une souffrance insupportable.

La levée d'amnésie — le retour des souvenirs — peut survenir des décennies plus tard, souvent déclenchée par la lecture d'un témoignage, un reportage, un événement de vie. Elle s'accompagne parfois d'un effondrement brutal. Ce n'est pas de la fragilité : c'est le début, difficile, d'un processus qui peut mener à la reconstruction.

Les deux documents ci-dessous ont été rédigés par l'Association MVR pour aider les victimes à comprendre ce qui leur est arrivé et à trouver les ressources adaptées à leur situation. Ils sont complémentaires : le premier explique les mécanismes psychiques en jeu, le second recense les ressources concrètes disponibles en France — toutes gratuites ou remboursées par la Sécurité sociale.

Les bénévoles de l'Association MVR peuvent vous orienter, vous conseiller et vous accompagner dans vos démarches. Écrivez-nous à victimes.lasalliens@gmail.com ou appelez le 07 80 71 19 85.

Les documents

Comprendre l'impact psychologique

Ce document explique, dans un langage accessible mais précis, ce que des violences répétées et graves font au cerveau et à la psyché d'un enfant — et comment ces effets peuvent persister, évoluer ou se révéler tardivement à l'âge adulte.

Il couvre notamment :

  • Le traumatisme psychique et le trouble de stress post-traumatique (TSPT), avec ses quatre types de symptômes — reviviscences, évitement, hypervigilance, altérations émotionnelles
  • Le traumatisme complexe (TSPT-C), spécifique aux violences répétées en contexte d'emprise institutionnelle, reconnu par la CIM-11 depuis 2019
  • L'amnésie traumatique — mécanisme neurobiologique documenté depuis le XIXe siècle — et la levée d'amnésie, parfois brutale, des décennies après les faits
  • La dissociation dans ses différentes formes : dépersonnalisation, déréalisation, états dissociatifs, et leur fréquence dans les témoignages des victimes des établissements lasalliens
  • La décompensation et comment la traverser
  • Les traitements validés : EMDR, TCC centrées sur le trauma, hypnose clinique, approches corporelles, et le modèle thérapeutique en trois phases (stabilisation, traitement, intégration)

Se faire aider — ressources disponibles en France

Ce document recense l'ensemble des ressources disponibles pour les victimes adultes, organisées du plus accessible au plus spécialisé. Toutes sont gratuites ou remboursées par la Sécurité sociale.

Il couvre notamment :

  • France Victimes — 116 006 : numéro national gratuit, 7j/7, écoute et orientation vers une association de votre département
  • Les 17 Centres Régionaux du Psychotraumatisme (CRP) : structures hospitalières spécialisées couvrant tout le territoire, prise en charge 100 % Sécurité sociale, thérapies EMDR, TCC et hypnose clinique. Localisez le vôtre sur cn2r.fr
  • L'Institut de Victimologie — CPIV (Paris) : unité de soins spécialisée, conventionnée, sans adressage préalable
  • Le dispositif MonPsy : 8 séances par an chez un psychologue libéral partenaire, remboursées sur prescription
  • EMDR pour tous : séances à tarif solidaire pour les personnes en difficultés financières (09 70 17 04 48)
  • Associations spécialisées : Mémoire Traumatique et Victimologie, Collectif féministe contre le viol (0 800 05 95 95), Stop aux Violences Sexuelles
  • Maisons des femmes et UMJ : structures hospitalières pluridisciplinaires pour une prise en charge globale, y compris pour les hommes
  • CMP et psychiatrie publique : suivi de longue durée, gratuit

Un tableau récapitulatif de tous les contacts essentiels figure en fin de document.