Déclaration constitutive
15 avril 2026
Au commencement, il y avait un seul homme, seul.

Pas un militant, pas un juriste. Un homme d'âge mûr qui avait passé des décennies avec les cicatrices laissées par des années d'enfance dans un établissement lasallien, des châtiments corporels incessants et arbitraires, des actes qu'il a mis cinquante ans à comprendre et qui, à la levée soudaine d'une longue amnésie traumatique, ont à nouveau imposé leur terreur. À la fin de l'été 2025, il décide de chercher. Il contacte quelques personnes. Quelques-unes lui répondent. Puis d'autres.

En décembre 2025, ils sont trois ou quatre à se parler pour la première fois. Des hommes entre 55 et 75 ans, des régions différentes, des établissements différents, des décennies différentes. Et pourtant la même stupeur : les mêmes mots, les mêmes lieux, les mêmes gestes, les mêmes modes opératoires. La chevalière retournée. La pénombre d'une chapelle. Le bureau fermé à clé. Le silence imposé sous peine de coups ou de damnation éternelle. Ces hommes ne se sont jamais rencontrés. Ils racontent la même chose.

C'est ce qui a tout changé : ces hommes ont compris qu'il n'avait pas affaire à un seul pervers ultra violent ou un prédateur sans scrupules, mais à un monstre multiforme qui broyait les enfants qu'on lui avait confiés en toute impunité.

Le 1er février 2026 — La création du Collectif

Son premier communiqué de presse pose d'emblée l'enjeu dans sa vraie dimension : ce n'est pas l'affaire d'un établissement, ce n'est pas l'affaire d'un ou deux prédateurs isolés. C'est l'affaire d'un réseau — le premier réseau d'enseignement congréganiste de France, le réseau La Salle — dans lequel la violence avait été institutionnalisée comme méthode pédagogique, et où elle régnait, débridée, pendant des décennies, créant les conditions de la pédocriminalité. Le titre du communiqué : Bétharram puissance dix.

Ce n'est pas une formule rhétorique. C'est un constat arithmétique. Là où les victimes de Bétharram venaient d'un seul établissement, les victimes lasalliennes se comptaient dans au moins une cinquantaine d'établissements répartis dans toute la France, de Brest à Toulouse, de Lille à Marseille. Là où d'autres scandales avaient mobilisé l'opinion pendant quelques semaines avant de retomber dans le silence institutionnel, il s'agissait ici d'une structure nationale, encore active, encore puissante, encore riche — et qui avait jusqu'alors réussi à traiter chaque victime individuellement, à l'isoler, à l'épuiser, à acheter son silence pendant que la prescription faisait son affaire.

Les témoignages arrivent

Dix, puis vingt, puis cinquante. Des hommes — et quelques femmes — qui n'avaient jamais parlé. Qui pensaient que c'était leur secret, leur honte, leur affaire personnelle, leur faute même. Qui découvrent en lisant les communiqués du Collectif que leur histoire n'est pas isolée, qu'elle s'inscrit dans un système documenté, que d'autres ont vécu exactement la même chose dans d'autres villes, à d'autres années, sous l'autorité de frères interchangeables que la Congrégation déplaçait d'ailleurs d'établissement en établissement quand la pression devenait trop forte — la fameuse valse des valises.

Des établissements « cluster » émergent rapidement des témoignages, chacun avec une multitude de brutes, de pervers et prédateurs aux dizaines voire une centaine de victimes : Passy-Buzenval à Rueil-Malmaison, Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen, Le Likès à Quimper… Les médias s'en emparent — nationale et locale, télé, radios, presse écrite, plus de 50 articles et reportages en quelques semaines. Mais les victimes savent, elles, ce que les cycles médiatiques ne disent pas : un article, une victime qui témoigne, et une autre et une autre, ça ne suffit pas — les collectifs de victimes de Bétharram, Saint-Dominique à Neuilly, Notre-Dame de Garaison, Cendrillon à Dax, Saint-Stanislas à Nantes… tôt ou tard, l'action s'essouffle car les recours semblent illusoires.

Avril 2026 — La création de l'Association MVR

Mémoire Vérité Reconnaissance pour les victimes des lasalliens. Loi 1901, RNA W502009224. Une association nationale, avec des statuts, un bureau — et une stratégie juridique précise.

Car le constat s'était imposé avec clarté au fil des semaines : les victimes étaient abandonnées à elles-mêmes depuis des décennies, sans mémoire, sans vérité, sans reconnaissance et donc sans justice.

Les espoirs suscités par le rapport Sauvé de 2021, évaluant le nombre de victimes d'abus sexuels de l'Église à environ 330 000 et pointant l'emprise spirituelle et les défaillances institutionnelles, seront vite balayés pour les victimes de la Congrégation des lasalliens qui refuse tout simplement de participer aux timides avancées de la justice restaurative en France et leur préfère sa stratégie éprouvée qui isole les victimes qui se manifestent, les obligeant à signer des clauses de silence en échange de toute reconnaissance.

Il restait une voie. La voie civile, coordonnée, collective. Non pas une class action au sens américain — le droit français ne le permet pas — mais des procédures individuelles coordonnées, fondées sur la démonstration d'une faute systémique de la Congrégation en tant qu'institution : faute de surveillance, faute de tutelle, risque créé. Une voie qui contourne les obstacles de la prescription pénale. Une voie qui met l'institution — et non l'individu introuvable ou décédé — devant ses responsabilités réelles. Une voie qui, pour la première fois, traite les victimes des lasalliens non pas comme des cas isolés à indemniser à la sauvette, mais comme les témoins concordants d'un système.

Aujourd'hui

L'Association MVR regroupe plus de 270 victimes, réparties dans toute la France, dans une cinquantaine d'établissements lasalliens. Certains ont attendu cinquante ans pour parler. Certains avaient tout oublié — jusqu'au jour où un article, une émission, un appel téléphonique a fait remonter ce que le cerveau avait enfoui pour survivre.

Nous ne sommes bien plus qu'une association : nous sommes les victimes elles-mêmes — les enfants qu'ils ont brisés autrefois, les adultes qu'ils sont devenus, qui exigent maintenant ce que l'institution leur a refusé pendant des décennies : la mémoire des faits, la vérité sur le système qui les a rendus possibles, et la reconnaissance de ce qu'ils ont subi.

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Nos objectifs

Les fondements juridiques et les exigences de l'Association MVR — mémoire, vérité, reconnaissance et réparation — tels qu'ils ont été définis lors de la constitution de l'association en avril 2026.

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Qui sont les Lasalliens ?

Histoire, réseau et patrimoine de la Congrégation des lasalliens (Frères des Écoles Chrétiennes) : qui sont-ils, quelle est leur implantation en France hier et aujourd'hui, quel est leur modèle économique.

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